Le stage est fini.
De retour à la maison, c'est le temps de boucler la boucle.
Qu'est-ce qu'on en retient de cette expérience? Est-ce qu'on a changé?
Les 2 dernières semaines, à Ségué, en immersion beaucoup plus intensive avec la culture malienne et la réalité du peuple, nous a fait vivre beaucoup d'émotions. Le choc culturel, le vrai, je pense. En tout cas, pour ma part.
Le choc culturel, comment ça survient? Pour moi, c'est dans les discussions, banales chez nous, mais qui deviennent des terrains glissants ailleurs. On parle d'amour, de nos relations passées ou présentes. On doit s'expliquer... pourquoi ne pas s'être mariée avec tel ou tel homme, alors qu'on s'aimait? En tant qu'êtres curieux, on questionne, le pouvoir de décision de la femme au sein d'un couple, d'une famille. Pourquoi l'homme a-t-il droit à 4 femmes? Sueurs, palpitations, malaises thoraciques assurés... En tant que professionnels de la santé, on a droit à un contact privilégié avec le patient dans son intégrité bio-psycho-sociale (famille, finances, religion, conditions de vie, habitudes, travail...) L'oeil du médecin, c'est un oeil qui voit beaucoup... Cf les messages de blog précédents.
Est-ce qu'on peut comprendre? Comprendre la conception de la relation homme-femme, comprendre la stigmatisation des fillettes non excisées par une coupe de cheveux affreuse, comprendre le choix des parents de garder les enfants pour les travaux aux champs au lieu de les envoyer à l'école (qui est gratuite en passant...)?
Est-ce qu'on peut accepter? Si oui, j'ai encore du chemin à faire. Je ne peux que témoigner et soulever les questionnements et les émotions.
Comment réagir?
Le choc culturel, en bon québécois, c'est tuff en maudit.
De retour au Québec, j'ai encore une boule à digérer, mais surtout, une expérience à partager.
Catherine
4 heures plus tard en Afrique
lundi 25 octobre 2010
vendredi 22 octobre 2010
Au coeur de la savane malienne...
Deux semaines viennent de se terminer à Ségué, 2 semaines dans la tranquillité, à respirer de l’air pur, à l’abri de tout stress. Les divertissements sont plutôt rares alors on se repose, on parle, on rit, on lit, on écoute de la musique, on va courir à 35 degrés pour garder la forme et on sent qu’on revient aux essentiels de la vie. Vous est-il arrivés de vous lever un samedi matin et d’avoir RIEN à faire ? J’apprécie chaque petit moment aussi banals qu’ils puissent paraître… Le matin me rendre à la boulangerie pour acheter l’essentiel de notre déjeuner, alors que le soleil se lève sur les champs, l’air est encore un peu ‘‘frais’’, le village encore calme et quelques passants sont sur mon chemin pour me saluer. Ou le soir, alors que le soleil descend, lorsqu’on part à la course sur les chemins de terre rouges… La fumée des feux s’élèvent dans le village, les peules entrent vers leur campement, bébé sur le dos, sceau d’eau sur la tête et ceux qui nous croisent lors de notre course nous crient des encouragements… C’est là que je réalise que chaque petit moment de la vie est précieux…
Mais en même temps, il y a des moments un peu plus difficile ou je me sens bien loin de chez nous et je me demande si je suis bien sur la même planète que d’ou je viens…
Quand on nous raconte l’histoire de jeunes filles, qui ont à peine 15 ans, qui se font donner en mariage par leur parents, parce que la tradition le veut, sans même avoir déjà vu cet homme souvent beaucoup plus vieux, se voyant obligées de quitter l’école et toute ambition, devenant dorénavant pour le reste de leurs jours mère au foyer… Et parfois, 2e femme de leur mari…
Ou quand on nous a amené cet enfant, âgé de 2 ans, avec la peau sur les os, malnutri à un point que depuis 1 mois il avait cessé de marcher. Sa mère portait un magnifique habit, et était de nouveau enceinte…
Et ce matin que je n’oublierai jamais, alors qu’on se rendait dans un village faire des consultations et que dès notre arrivée on nous a demandé d’aller voir cet enfant qui allait très mal… À notre entrée, il était allongé sur une natte de paille, dans un coin, en convulsions, inconscient, dans cet état depuis 4h du matin et il était 9h… On a essayé de faire ce qu’on a pu avec ce qu’on avait… mais ce qui pourrait peut-être le sauver était de se rendre à l’hôpital à une quizaine de kilomètres le plus vite possible afin de recevoir des perfusions intraveineuses… Il est donc parti sur une moto sur la piste raboteuse... À notre retour du village, on a croisé son père qui revenait, seul sur sa moto, qui nous a fait un signe que tout était fini…l’enfant était décédé… Il avait 5 ans, jouait la veille et menait sa vie comme tout autre enfant… Il y a des jours come ça ou on se sent si impuissant et qu’on se dit que la vie est injuste.
Trauma en brousse!
17h. De retour au CESCOM pour revoir les patients mis sous observation plus tôt dans la journée. (Les pires des pires se disait-on) Tout le monde prend du mieux, on est déjà prêts à repartir…
Et soudain, un couple arrive sur pieds, se dirigent vers les aides soignant pour demander des soins, et nous nous rendons compte de leur présence lorsque Catherine, les ayant vus en premier s’exclama : Oh my god ! On devrait aller voir, ça a l’air sanglant cette histoire-là !
Entassés dans une pièce de 2m par 2m, un homme allongé sur une civière attire notre attention. Quoi regarder ? Son genou ouvert, sa tête sanglante, son cou qui suinte, sa main tordue ou la flaque de sang sur le mur ? (Était-ce la sienne ou celle du patient précédent ?) À cinq dans l’embrasure de la porte, nous détournons notre regard vers sa femme, gentiment assise sur un tabouret, l’air vagal , non moins sanglante avec la paupière ouverte jusqu’au milieu du front. Derrière nous un bébé pleure dans les bras d’un inconnu. Il semblerait que c’est l’enfant que la femme tenait dans ses bras lors de l’accident et dont personne ne se soucie. Nous sommes donc tous témoins de nos premiers (étonnamment) accidentés de moto au Mali. Cause de l’accident : le turban du conducteur dans le vent s’enroule dans la roue avant de la moto. On vous laisse imaginer le reste.
N.B Bien qu’obligatoire, nous n’avons jamais vu parmi les 2 millions de motocyclistes quelqu’un porter un casque.
Le chaos s’installe. On se sépare en 3 équipes ; l’homme, la femme et le bébé.
L’Homme : Points réparés à la lampe de poche moyenne-âgeuse, échec d’asepsie, victoire des bactéries, chaleur extrême, odeur de plaie pourrie. Et Joëlle, contorsionnées, les 2 mains dans la plaie vient briser le silence en s’écriant : Yark ! Il y a quelque chose qui vient de me frôler la jambe ! Et David lampe à la main de s’exclamer : Je n’ai jamais vu une aussi grosse bébitte de toute ma vie.
En bout de ligne, le patient respire, son état de conscience et ses signes vitaux sont stables. Malgré une possible fracture ouverte du genou, aucune radiographie n’est disponible et on ne le transfert pas. On espère qu’il marchera. On croise les doigts, il est sauvé.
La femme : Transportée sur pieds è 150 mètres de son mari pour l’examiner, on se demande si elle est enceinte (au Mali, 9 fois sur 10 la réponse est oui). Elle n’échappe pas à la règle. Le cœur de son bébé est ausculté à l’oreille, il semble bien en vie Plaie réparée avec les 3 types de fil à suture qu’il nous restent et multiples abrasions pansées avec le matériel qu’on a apporté du Québec (heureusement, sinon elle aurait dû tout payer). On espère qu’elle ne sera pas trop défigurée et que les fonctions de son œil resteront intactes.
Le bébé : Chanceux dans sa malchance, malgré un bon hématome sur la tête, reste bien éveillé et garde un bon état général. Un miracle
La morale de cette histoire :
1- Ne pas porter de foulard en moto, mais surtout porter un casque.
2- Ne pas retourner voir les patients en fin de journée habillés en civil, en camisole et en sandales, pour éviter de revenir éclaboussés de sang, déshydratés et affamés.
3- Toujours traîner une lampe frontale avec soi.
4- Bref, n’ayez pas la malchance d’avoir un accident au Mali !
Mot de la fin...
M'y voici.
Entre ciel et terre, entre deux contrées, entre deux continents… en errance sur un troisième, à assimiler par osmose mes quatre dernières semaines…
Dans cet espace que l'on nomme transition, je prends un peu de temps pour essayer de faire le point… ou plutôt, mettre sur la toile de façon spontanée une dernière fois mes impressions, mes constats, mes humeurs.
Les bruits de l'aéroport Charles de Gaule seulement tamisés par ma musique aux oreilles, je vois passer devant moi les les voyageurs. Plusieurs styles défilent comme autant d'indices sur les motifs des déplacements. Voyage d'affaire, voyage de groupe, voyage exploratoire à l'âge de la retraite peut-être, un bohémien par-ci par-là, … c'est à peu près tout ce que je peux en déduire… Mais, si quelqu'un m'analysait de l'extérieur, essayait de deviner mes motifs de voyage, qu'en conclurait-il? Question truquée, car je ne sais toujours pas, malgré mes déjà nombreuses escapades, quelle serait ma réponse.
-Raison de voyage?
-Mmmmm… travail? Étude aussi…
[ou parfois]
-Loisir, vacances…
Ces réponses douanières sont autant génériques que vides de sens réel. Mais qu'est-ce qui se cache donc derrière les si dispendieux billets d'avions qui constituent des amputations régulières à mon porte-feuille? (je me pose a question en même temps que je l'écris…)
Un début de réponse se manifesta en fouinant à travers les clichés pris sur le continent africain.
Quatre photos sur cinq, des visages. Des gens. Certains bien familiers, d'autres inconnus, d'autres des simples fréquentations, d'autres des amis en devenir… Je réalise que le centre des découvertes est là. Ce que je recherche se trouve donc fort probablement dans la rencontre de l'autre, dans la confrontation des idées, des quotidiens humains, des réalités de vie qui semblent parfois à des miles de la mienne. Toutes ces différences, et en complément essentiel la façon dont les gens rencontrés vivent leurs peurs, leurs souffrances, leurs joies. Et se rendre compte bien souvent que la base des sentiments se ressemble, se rejoint, malgré que les contextes faisant naître ces différents mouvements d'âme n'ont souvent aucune commune mesure entre eux. C'est peut-être pour ces courts instants, ces flashs de vie, ces "connexions" où l'on se reconnaît à des milliers de kilomètres de chez soi, que le voyage m'attire. Pour me prouver à coups de grands déplacements que le concept de citoyen du monde peut exister…
Je crois que je me dois, question d'honnêteté, de pondre une portion de réponse qui concerne mon amour-propre. J'aime me sentir un peu déphasé, un peu différent et unique dans mon environnement. Mais je réalise que ce statut "d'étranger" me sert souvent de catalyseur aux rencontres, et vient en quelque sorte rejoindre la première partie de ma réponse. La présence d'un canadien au fond de la brousse malienne surprend un peu, et attise la curiosité des gens. Et hop, un contact facile, une porte d'entrée pour une discussion.
Un paradoxe en quelque sorte; me sentir divergent pour me permettre de converger, éloigné pour me rapprocher, et constater des similitudes dans des réalités diverses. Sac au dos, je me promène comme un oxymoron ambulant…
Voilà donc un pointe de réponse seulement, et je souhaite de toute façon que cette question monumentale ne reste à toujours que partiellement répondue… car elle constitue un moteur de découverte, une énigme insoluble qui me reflète l'insondable souvent trop sous-estimé de la nature de l'homme.
Les images tourbillonnent rapidement dans ma tête, j'en partage quelques-unes avec vous tandis que je réintègre doucement l'anonymat occidental. Une certaine appréhension (mélangée à une très grande fébrilité…) du retour comme toujours, mais aussi une force tranquille que je ramène au Québec, qui portera une odeur de brousse et de poussière.
Au revoir
Pierrot "Broussard" Boudreau
mardi 19 octobre 2010
Moments touchants
Il existe un long pont entre la théorie et la pratique. Les multiples diapositives de cours que nous avons lues et relues avant notre départ ne pouvaient nous préparer que jusqu’à un certain point à ce qui nous attendait. Nous savions évidemment que nous allions être confrontés à des situations sortant du spectre des consultations faites au Québec...
Mais on a beau y être préparés, on ne le sera jamais assez.
Pas assez pour contenir ses émotions devant un enfant ne portant que la peau et les os… image surréelle, tout droit sortie d’une « publicité » de vision mondiale.
Pas assez pour masquer son sentiment d’impuissance quand des parents, bienveillants soient-ils, retournent à la maison bredouilles avec leur enfant qui a besoin de traitements trop dispendieux… comment troquer le troupeau, souvent seule richesse que le foyer possède, contre une prescription d’antibiotique…
Pas assez pour trouver les mots (qui seront eux-mêmes traduits!) pour expliquer à une maman que son bébé d’un mois, qui se présente initialement pour des vomissements depuis 3 jours, est en fait mort… et encore ce sentiment d’impuissance qui revient à la charge quand nous voyons la mère quitter le centre, bébé aux bras, sans saisir les sentiments qui l’habitent…
Pas assez pour faire face sans frustration à un adolescent de 15 ans, fébrile à plus de 40°C, à demi conscient et à qui on doit mettre une voie dans les toilettes, faute de place, les lits déjà remplis. Et la surprise de savoir qu’il avait quitté le centre quelques heures plus tard malgré les consignes de le garder sous observation pour le revoir le lendemain…
Pas assez pour assister bouche bée à l’accouchement silencieux d’un bébé mort-né, et de voir la mère, suite au travail de plusieurs heures, passer à travers cette épreuve sans broncher, sans réagir…
Pas assez pour réajuster sans heurts nos ardeurs d’organisation et d’efficience à l’intérieur d’un système qui fonctionne souvent sans notre sacro-saint « evidence based medicine ». Où la relation médecin-patient se traduit souvent par un échange ténu et unidirectionnel. Où la gestion des médicaments présente une dichotomie entre les ressources disponibles et les besoins réels… quand on questionne, on justifie ces conduites par le manque de temps… et pourtant, la notion du temps est tellement différente de chez nous.
On ne le sera jamais assez, mais c’est correct comme ça. On doit vivre l’expérience pour ainsi faire la part des choses… et constater qu’il y a souvent un pendant positif aux expériences difficiles…
Comme une femme Peulh qui nous offre en cadeau des œufs, sourire aux lèvres, parce qu’elle constate une amélioration de son état la semaine suivante.
Comme de voir, parmi une pléiade de couples un peu distants, un mari attentionné et amoureux, soucieux du bon déroulement de la grossesse de sa femme.
Comme de voir une maman sénégalaise parler fièrement de son petit garçon, premier de classe, studieux…
Comme de réaliser avec une certaine surprise, après plusieurs minutes de discours en Bambara, que le vieux nous donnait finalement ses bénédictions avec reconnaissance.
Comme de réaliser à quel point la Quinine peut redonner vigueur à un petit garçon au sourire espiègle, nous regardant d’un air malicieux mais satisfait…
Comme de voir la solidarité féminine s’exprimer entre co-épouses, la doyenne payant pour les traitements de MTS de toutes. (et du mari également!!)
Comme d’observer les liens protecteurs entre les membres de la fratrie, le grand frère veillant avec un œil de gardien, sur sa petite sœur.
La richesse de notre expérience s’étend au-delà du domaine purement médical. Les liens créés, les rencontres nombreuses, les discussions autours des repas… autant d’occasions qui nous aurons permis de comprendre les subtilités culturelles du pays. C’est avec cette compréhension que nous pouvons accomplir notre travail clinique tout en y retirant une gratification qui nous inspire.
Karine et Pierrot
Les Broussards
Mais on a beau y être préparés, on ne le sera jamais assez.
Pas assez pour contenir ses émotions devant un enfant ne portant que la peau et les os… image surréelle, tout droit sortie d’une « publicité » de vision mondiale.
Pas assez pour masquer son sentiment d’impuissance quand des parents, bienveillants soient-ils, retournent à la maison bredouilles avec leur enfant qui a besoin de traitements trop dispendieux… comment troquer le troupeau, souvent seule richesse que le foyer possède, contre une prescription d’antibiotique…
Pas assez pour trouver les mots (qui seront eux-mêmes traduits!) pour expliquer à une maman que son bébé d’un mois, qui se présente initialement pour des vomissements depuis 3 jours, est en fait mort… et encore ce sentiment d’impuissance qui revient à la charge quand nous voyons la mère quitter le centre, bébé aux bras, sans saisir les sentiments qui l’habitent…
Pas assez pour faire face sans frustration à un adolescent de 15 ans, fébrile à plus de 40°C, à demi conscient et à qui on doit mettre une voie dans les toilettes, faute de place, les lits déjà remplis. Et la surprise de savoir qu’il avait quitté le centre quelques heures plus tard malgré les consignes de le garder sous observation pour le revoir le lendemain…
Pas assez pour assister bouche bée à l’accouchement silencieux d’un bébé mort-né, et de voir la mère, suite au travail de plusieurs heures, passer à travers cette épreuve sans broncher, sans réagir…
Pas assez pour réajuster sans heurts nos ardeurs d’organisation et d’efficience à l’intérieur d’un système qui fonctionne souvent sans notre sacro-saint « evidence based medicine ». Où la relation médecin-patient se traduit souvent par un échange ténu et unidirectionnel. Où la gestion des médicaments présente une dichotomie entre les ressources disponibles et les besoins réels… quand on questionne, on justifie ces conduites par le manque de temps… et pourtant, la notion du temps est tellement différente de chez nous.
On ne le sera jamais assez, mais c’est correct comme ça. On doit vivre l’expérience pour ainsi faire la part des choses… et constater qu’il y a souvent un pendant positif aux expériences difficiles…
Comme une femme Peulh qui nous offre en cadeau des œufs, sourire aux lèvres, parce qu’elle constate une amélioration de son état la semaine suivante.
Comme de voir, parmi une pléiade de couples un peu distants, un mari attentionné et amoureux, soucieux du bon déroulement de la grossesse de sa femme.
Comme de voir une maman sénégalaise parler fièrement de son petit garçon, premier de classe, studieux…
Comme de réaliser avec une certaine surprise, après plusieurs minutes de discours en Bambara, que le vieux nous donnait finalement ses bénédictions avec reconnaissance.
Comme de réaliser à quel point la Quinine peut redonner vigueur à un petit garçon au sourire espiègle, nous regardant d’un air malicieux mais satisfait…
Comme de voir la solidarité féminine s’exprimer entre co-épouses, la doyenne payant pour les traitements de MTS de toutes. (et du mari également!!)
Comme d’observer les liens protecteurs entre les membres de la fratrie, le grand frère veillant avec un œil de gardien, sur sa petite sœur.
La richesse de notre expérience s’étend au-delà du domaine purement médical. Les liens créés, les rencontres nombreuses, les discussions autours des repas… autant d’occasions qui nous aurons permis de comprendre les subtilités culturelles du pays. C’est avec cette compréhension que nous pouvons accomplir notre travail clinique tout en y retirant une gratification qui nous inspire.
Karine et Pierrot
Les Broussards
Achat du jour
Croyez-le ou non, voici mon dernier achat... des sandales signées Barack Obama!! Pour faire un mauvais jeu de mot, avec ce produit probablement fabriqué en Chine, j'ai l'impression de piler sur mes principes...
À Bientôt
Pierrot "Broussard" Boudreau
Pierrot "Broussard" Boudreau
PS: Elles sont déjà recouvertes de cette caractéristique poussière de Bamako!
samedi 16 octobre 2010
Examen de conscience
Aujourd'hui, j'ai fait le test… et Bamako a eu une note parfaite; 100%.
En me promenant solo dans les rues de la capitale, je me suis mis à errer un peu vers l'ouest. Quartier dramatiquement différent de ceux que j'avais fréquenté jusqu'à présent… Des structures modernes, espaces aérés, carrés de verdure et de jardins odorants… une espèce de bulle paisible dans cette agglomération jusqu'à maintenant bourdonnante pour moi… De Bamako Coura à ACI 2000, équivalent malien du passage entre Parc-Extension et Ville Mont-Royal…
Mais le même sourire des gens. Les mêmes salutations du tac au tac. Finalement, la même Afrique humaine que ce dont j'avais été témoin jusqu'à maintenant. Un contact visuel suffit à établir un lien, et si on possède ne serait-ce que les rudiments les plus simples de Bambara, la salutation se transforme aisément en discussion amicale. Avec une ouverture favorable, un brin de naïveté et un sourire comme trame de fond aux échanges, le lien s'établit rapidement. Et l'enthousiasme des gens croit de façon exponentielle quand on s'attarde un peu, quand on cite son nom, puis son nom malien… comme un déjà-vu de mes explorations antérieures, leitmotiv du voyageur; la langue comme un pont entre le tabloïde culturel statique d'un pays et son battement de coeur, ses gens.
-Ani Wula (Bonsoir!)
-Ini Wula
-I ka kene wa (Ça va?)
-Umba, kene! (Ouep!)
-So mogow be di? (La famille ça va?)
-Toro si té (Pas de problème)
-Bara ka kene? (Et le travail?)
-Toro té (Toujours pas de prob!)
-Mousso ka kene? (Et ta femme?)
-Thanaté (Pas de problème - c'est ce que je me laisse à croire, malgré la distance qui nous sépare…)
-Tu es pressé?
-Pressé? ...euh, non!
Et c'est comme ça, tout simplement, que l'offre de prendre le thé avec des inconnus familiers se présenta… Cette liqueur de toutes les nations se boit ici en trois temps… trois infusions qui s'étirent, formant un prétexte pour s'asseoir et regarder le jour couler comme la boisson dans les trois verres à même le sol. Le principe que j'extirpe de la cérémonie est d'oxygéner le plus possible le thé, de façon à le faire mousser à point. La technique même est un art, machinalement maîtrisée par le malien moyen! (Mais totalement impressionnante pour tout Toubabou en quête de sensations locales!) Donc, trois infusions, oxygénées, réinfusées dans la menthe, sucrées et réoxygénées… Un ami m'a mentionné que la première infusion est amère comme la mort, la deuxième douce comme la vie, et la troisième sucrée comme l'amour… ils en étaient à la troisième infusion quand je les ai rejoint…
Sur le chemin du retour, brassant un peu dans mon esprit affuté par la théine les moments partagés, je constatais les contrastes existants à l'intérieur même de la ville… un deuxième déjà-vu, espèce de dénominateur commun entre les pays que j'ai visités… le fossé grandiose dans le partage des richesses, la présence seulement fantomatique de la classe moyenne… ici, ce fut dans la structure même de la ville que je sentis cet écart, mais peu auprès des gens eux-même… Je me disais que Bamako, et non les Maliens sont victimes de cette situation. Pas sûr. Probablement démarcation réconfortante mais dupe entre le milieu et ses habitants… peut-être que les plus fortunés se cachaient-ils dans leurs tours de jade?
Mais oui, j'oubliais presque! Sur le chemin du retour également, je ressassais les images de la journée, et toutes les salutations lancées… et j'ai fait passer à rebours le test à Bamako… à chaque salutation lancée, une réponse positive. Une réponse souriante… une approbation du contact lancé. Pas une seule réponse négative, pas même un seul détour du regard, pas un froncement de sourcil… 100%.
Je me demande quel résultat aurait Montréal…
À bientôt
Pierrot "Broussard" Boudreau
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