mardi 19 octobre 2010

Moments touchants

Il existe un long pont entre la théorie et la pratique. Les multiples diapositives de cours que nous avons lues et relues avant notre départ ne pouvaient nous préparer que jusqu’à un certain point à ce qui nous attendait. Nous savions évidemment que nous allions être confrontés à des situations sortant du spectre des consultations faites au Québec...

Mais on a beau y être préparés, on ne le sera jamais assez.

Pas assez pour contenir ses émotions devant un enfant ne portant que la peau et les os… image surréelle, tout droit sortie d’une « publicité » de vision mondiale. 

Pas assez pour masquer son sentiment d’impuissance quand des parents, bienveillants soient-ils, retournent à la maison bredouilles avec leur enfant qui a besoin de traitements trop dispendieux… comment troquer le troupeau, souvent seule richesse que le foyer possède, contre une prescription d’antibiotique…

Pas assez pour trouver les mots (qui seront eux-mêmes traduits!) pour expliquer à une maman que son bébé d’un mois, qui se présente initialement pour des vomissements depuis 3 jours, est en fait mort…  et encore ce sentiment d’impuissance qui revient à la charge quand nous voyons la mère quitter le centre, bébé aux bras, sans saisir les sentiments qui l’habitent…

Pas assez pour faire face sans frustration à un adolescent de 15 ans, fébrile à plus de 40°C, à demi conscient et à qui on doit mettre une voie dans les toilettes, faute de place, les lits déjà remplis. Et la surprise de savoir qu’il avait quitté le centre quelques heures plus tard malgré les consignes de le garder sous observation pour le revoir le lendemain…

Pas assez pour assister bouche bée à l’accouchement silencieux d’un bébé mort-né, et de voir la mère, suite au travail de plusieurs heures,  passer à travers cette épreuve sans broncher, sans réagir…

Pas assez pour réajuster sans heurts nos ardeurs d’organisation et d’efficience à l’intérieur d’un système qui fonctionne souvent sans notre sacro-saint « evidence based medicine ». Où la relation médecin-patient se traduit souvent par un échange ténu et unidirectionnel. Où la gestion des médicaments présente une dichotomie entre les ressources disponibles et les besoins réels… quand on questionne, on justifie ces conduites par le manque de temps… et pourtant, la notion du temps est tellement différente de chez nous.

On ne le sera jamais assez, mais c’est correct comme ça. On doit vivre l’expérience pour ainsi faire la part des choses… et constater qu’il y a souvent un pendant positif aux expériences difficiles…

Comme une femme Peulh qui nous offre en cadeau des œufs, sourire aux lèvres, parce qu’elle constate une amélioration de son état la semaine suivante.

Comme de voir, parmi une pléiade de couples un peu distants, un mari attentionné et amoureux, soucieux du bon déroulement de la grossesse de sa femme.

Comme de voir une maman sénégalaise parler fièrement de son petit garçon, premier de classe, studieux…

Comme de réaliser avec une certaine surprise, après plusieurs minutes de discours en Bambara, que le vieux nous donnait finalement ses bénédictions avec reconnaissance.

Comme de réaliser à quel point la Quinine peut redonner vigueur à un petit garçon au sourire espiègle, nous regardant d’un air malicieux mais satisfait…

Comme de voir la solidarité féminine s’exprimer entre co-épouses, la doyenne payant pour les traitements de MTS de toutes. (et du mari également!!)

Comme d’observer les liens protecteurs entre les membres de la fratrie, le grand frère veillant avec un œil de gardien, sur sa petite sœur.

La richesse de notre expérience s’étend au-delà du domaine purement médical. Les liens créés, les rencontres nombreuses, les discussions autours des repas… autant d’occasions qui nous aurons permis de comprendre les subtilités culturelles du pays. C’est avec cette compréhension que nous pouvons accomplir notre travail clinique tout en y retirant une gratification qui nous inspire.






Karine et Pierrot
Les Broussards

1 commentaire:

  1. Merci pour ce reportage, ca replace les valeurs mais maudit qu'ils ont un beau sourire

    COmme dis les africains, nous ont â l'heure et ils ont le temps

    Profitez du temps qu'ils vous restent

    Michel, Pops à Catherie

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