samedi 16 octobre 2010

Examen de conscience

Aujourd'hui, j'ai fait le test… et Bamako a eu une note parfaite; 100%.

En me promenant solo dans les rues de la capitale, je me suis mis à errer un peu vers l'ouest. Quartier dramatiquement différent de ceux que j'avais fréquenté jusqu'à présent…  Des structures modernes, espaces aérés, carrés de verdure et de jardins odorants… une espèce de bulle paisible dans cette agglomération jusqu'à maintenant bourdonnante pour moi… De Bamako Coura à ACI 2000, équivalent malien du passage entre Parc-Extension et Ville Mont-Royal…

Mais le même sourire des gens. Les mêmes salutations du tac au tac. Finalement, la même Afrique humaine que ce dont j'avais été témoin jusqu'à maintenant. Un contact visuel suffit à établir un lien, et si on possède ne serait-ce que les rudiments les plus simples de Bambara, la salutation se transforme aisément en discussion amicale. Avec une ouverture favorable, un brin de naïveté et un sourire comme trame de fond aux échanges, le lien s'établit rapidement. Et l'enthousiasme des gens croit de façon exponentielle quand on s'attarde un peu, quand on cite son nom, puis son nom malien… comme un déjà-vu de mes explorations antérieures, leitmotiv du voyageur; la langue comme un pont entre le tabloïde culturel statique d'un pays et son battement de coeur, ses gens.

-Ani Wula (Bonsoir!)
-Ini Wula
-I ka kene wa (Ça va?)
-Umba, kene! (Ouep!)
-So mogow be di? (La famille ça va?)
-Toro si té (Pas de problème)
-Bara ka kene? (Et le travail?)
-Toro té (Toujours pas de prob!)
-Mousso ka kene? (Et ta femme?)
-Thanaté (Pas de problème - c'est ce que je me laisse à croire, malgré la distance qui nous sépare…)
-Tu es pressé?
-Pressé? ...euh, non!

Et c'est comme ça, tout simplement, que l'offre de prendre le thé avec des inconnus familiers se présenta… Cette liqueur de toutes les nations se boit ici en trois temps… trois infusions qui s'étirent, formant un prétexte pour s'asseoir et regarder le jour couler comme la boisson dans les trois verres à même le sol. Le principe que j'extirpe de la cérémonie est d'oxygéner le plus possible le thé, de façon à le faire mousser à point. La technique même est un art, machinalement maîtrisée par le malien moyen! (Mais totalement impressionnante pour tout Toubabou en quête de sensations locales!) Donc, trois infusions, oxygénées, réinfusées dans la menthe, sucrées et réoxygénées… Un ami m'a mentionné que la première infusion est amère comme la mort, la deuxième douce comme la vie, et la troisième sucrée comme l'amour… ils en étaient à la troisième infusion quand je les ai rejoint…

Sur le chemin du retour, brassant un peu dans mon esprit affuté par la théine les moments partagés, je constatais les contrastes existants à l'intérieur même de la ville… un deuxième déjà-vu, espèce de dénominateur commun entre les pays que j'ai visités… le fossé grandiose dans le partage des richesses, la présence seulement fantomatique de la classe moyenne… ici, ce fut dans la structure même de la ville que je sentis cet écart, mais peu auprès des gens eux-même… Je me disais que Bamako, et non les Maliens sont victimes de cette situation. Pas sûr. Probablement démarcation réconfortante mais dupe entre le milieu et ses habitants… peut-être que les plus fortunés se cachaient-ils dans leurs tours de jade?

Mais oui, j'oubliais presque! Sur le chemin du retour également, je ressassais les images de la journée, et toutes les salutations lancées… et j'ai fait passer à rebours le test à Bamako… à chaque salutation lancée, une réponse positive. Une réponse souriante… une approbation du contact lancé. Pas une seule réponse négative, pas même un seul détour du regard, pas un froncement de sourcil… 100%.

Je me demande quel résultat aurait Montréal…

À bientôt

Pierrot "Broussard" Boudreau






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