vendredi 22 octobre 2010

Mot de la fin...


M'y voici.

Entre ciel et terre, entre deux contrées, entre deux continents… en errance sur un troisième, à assimiler par osmose mes quatre dernières semaines…

Dans cet espace que l'on nomme transition, je prends un peu de temps pour essayer de faire le point… ou plutôt, mettre sur la toile de façon spontanée une dernière fois mes impressions, mes constats, mes humeurs.

Les bruits de l'aéroport Charles de Gaule seulement tamisés par ma musique aux oreilles, je vois passer devant moi les les voyageurs. Plusieurs styles défilent comme autant d'indices sur les motifs des déplacements. Voyage d'affaire, voyage de groupe, voyage exploratoire à l'âge de la retraite peut-être, un bohémien par-ci par-là, … c'est à peu près tout ce que je peux en déduire… Mais, si quelqu'un m'analysait de l'extérieur, essayait de deviner mes motifs de voyage, qu'en conclurait-il? Question truquée, car je ne sais toujours pas, malgré mes déjà nombreuses escapades, quelle serait ma réponse.

-Raison de voyage?
-Mmmmm… travail? Étude aussi…
[ou parfois]
-Loisir, vacances…

Ces réponses douanières sont autant génériques que vides de sens réel. Mais qu'est-ce qui se cache donc derrière les si dispendieux billets d'avions qui constituent des amputations régulières à mon porte-feuille? (je me pose a question en même temps que je l'écris…)

Un début de réponse se manifesta en fouinant à travers les clichés pris sur le continent africain.

Quatre photos sur cinq, des visages. Des gens. Certains bien familiers, d'autres inconnus, d'autres des simples fréquentations, d'autres des amis en devenir… Je réalise que le centre des découvertes est là. Ce que je recherche se trouve donc fort probablement dans la rencontre de l'autre, dans la confrontation des idées, des quotidiens humains, des réalités de vie qui semblent parfois à des miles de la mienne. Toutes ces différences, et en complément essentiel la façon dont les gens rencontrés vivent leurs peurs, leurs souffrances, leurs joies. Et se rendre compte bien souvent que la base des sentiments se ressemble, se rejoint, malgré que les contextes faisant naître ces différents mouvements d'âme n'ont souvent aucune commune mesure entre eux. C'est peut-être pour ces courts instants, ces flashs de vie, ces "connexions" où l'on se reconnaît à des milliers de kilomètres de chez soi, que le voyage m'attire. Pour me prouver à coups de grands déplacements que le concept de citoyen du monde peut exister…

Je crois que je me dois, question d'honnêteté, de pondre une portion de réponse qui concerne mon amour-propre. J'aime me sentir un peu déphasé, un peu différent et unique dans mon environnement. Mais je réalise que ce statut "d'étranger" me sert souvent de catalyseur aux rencontres, et vient en quelque sorte rejoindre la première partie de ma réponse. La présence d'un canadien au fond de la brousse malienne surprend un peu, et attise la curiosité des gens. Et hop, un contact facile, une porte d'entrée pour une discussion.

Un paradoxe en quelque sorte; me sentir divergent pour me permettre de converger, éloigné pour me rapprocher, et constater des similitudes dans des réalités diverses. Sac au dos, je me promène comme un oxymoron ambulant…

Voilà donc un pointe de réponse seulement, et je souhaite de toute façon que cette question monumentale ne reste à toujours que partiellement répondue… car elle constitue un moteur de découverte, une énigme insoluble qui me reflète l'insondable souvent trop sous-estimé de la nature de l'homme.

Les images tourbillonnent rapidement dans ma tête, j'en partage quelques-unes avec vous tandis que je réintègre doucement l'anonymat occidental. Une certaine appréhension (mélangée à une très grande fébrilité…) du retour comme toujours, mais aussi une force tranquille que je ramène au Québec, qui portera une odeur de brousse et de poussière.

Au revoir

Pierrot "Broussard" Boudreau








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